2009 28 Mars
Article Par naat-l dans Réflexions
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Le Droit d'Auteur par Sylvain Mirouf 0/5

Cet article a été rédigé par Sylvain Mirouf. Après concertation, j'ai obtenu son accord pour une publication sur AoS...

Garder le secret...Combien de fois avons nous lu cette règle du magicien.

On nous a longtemps expliqué que le secret ne devait pas être dévoilé pour préserver la magie et ne pas décevoir notre public en découvrant que le stratagème employé était parfois enfantin, démontrant ainsi que c’est d’abord grâce à la complexité des spectateurs et à leur besoin de croire que les illusions pouvaient prendre forme.
Mais à y réfléchir, ces secrets si jalousement préservés étaient la seule façon pour les auteurs d’illusions d’éviter de se faire copier.
Lorsqu’on relit les textes anciens, on constate déjà le peu de respect des uns par rapport aux créations des autres.
Sans doute d’ailleurs que des personnages comme Robert-Houdin ou De Kolta ont réussi à laisser leur nom dans l’histoire de la magie de par le fait que leurs illusions étaient plus difficiles à copier que celles de confrères qui ont laissé une trace moins profonde. Leur originalité ne s’est pas dispersée parmi la grande armée des copieurs.

Nous avons tous été débutant.
Qui enfant, n’a pas commencé avec une boite de magie, hormis ceux qui se sont penché sur notre discipline à l’âge de raison. Ces boîtes qui contiennent la plupart du temps les mêmes tours ou qui empruntent les anciennes créations de magiciens disparus. Je parle en connaissance de cause.

Qui n’a pas pris modèle sur ses ainés pour appréhender différents points de vu dans l’expression de notre discipline ?
Que ce soit au niveau des tours ou du style. Mais aujourd’hui plus que jamais, l’explosion des moyens de diffusions visuels (dvd, internet) accroit l’ampleur de ces réflexes et amoindri les efforts de lecture, d’apprentissage, de compréhension, d’imagination et d’accès aux secrets auxquelles les générations passées ne pouvaient se soustraire.
Cet effort de l’accès à la connaissance permettait encore d’établir quelques semblant de règles dans notre milieu.
Puis en grandissant, chacun est censé trouvé son style et former son programme sur sa sélection personnel des effets étudiés. Pourtant combien restent ancrés dans l’imitation ?

Cette banalisation du secret, cette explosion du mode de diffusion et cette course au marchandising a contraint le milieu magique américain à noyer le marché sous des tonnes de mauvais tours, des variantes sans intérêt, et des plagiats de plus en plus grossiers.
Même certaines agences ou organisateur de festivals cautionnent sans le savoir des magiciens duplicatas patchwork de la scène et des vrp du close-up.
Même certains responsables de club sont incapables de citer les sources des tours qu’ils pratiquent.

On me demande souvent quel est l’avenir de la magie.
Je suis au regret de vous dire que tant que le droit d’auteur des artistes contemporains ne sera pas respecté, la magie ne sera jamais considérée à sa juste valeur.
Elle dérive peu à peu vers un divertissement de société à l’instar des jeux et des histoires drôles. Et pour les plus démunis, une ridicule technique de drague.

J’entends parfois des dissonances entre amateurs et professionnels.
Pour ma part, j’ai le plus profond respect pour les amateurs car ils conservent une passion qui tend à disparaître chez beaucoup de pros. Mais du point de vu du droit d’auteur, je ne fais aucune différence dès lors que les uns ou les autres vendent une prestation.
Un magicien qui cherche ses propres tours et écrit ses textes ne pourra jamais abaisser ses tarifs à des niveaux incohérents comme le font parfois certains pratiquants qui n’ont que pour seul mérite de connaître l’adresse du marchand de trucs le plus proche.

Alors je pose une question : »Combien resterait-il de professionnels si le droit d’auteur était respecté dans ce pays ? «

Réfléchissons aux c-onséquences du mépris du droit d’auteur. Elles sont multiples. Elles vont de la commercialisation de copies de tours, en passant par le plagiat et surtout à la banalisation de l’originalité des vrais artistes. Je rappelle que ce qui est artistique est original.
Un magicien ne sera jamais un artiste dès lors qu’il copie.
Il sera tout au plus un bon plagiaire ou s’il se contente de reproduire les effets d’artistes disparus, un bon interprète. Malheureusement les deux ne sont pas incompatibles. Comment dès lors venir se plaindre d’un magicien masqué qui dévoile les secrets d’auteurs dans un milieu qui méprise le droit d’auteur. Comment peut on encore employer l’expression « art magique » ?

Mais le plus consternant, c’est que bon nombre de pratiquants ne sont même pas conscients de leur maladresse. Je parle bien de maladresse car la majorité ne sont pas conscient des c-onséquences d’une telle attitude. Pour certains, dès lors qu’ils aiment un tour qu’ils ont vu faire par un autre, ils considèrent que c’est une raison suffisante pour s’attribuer le droit à la copie.
Ils n’ont aucune conscience du tord qu’ils causent. La plupart ne sont pas éduqués au respect de cette règle élémentaire, servant du coup les intérêts de ceux qui plagient en conscience.
Vous les reconnaitrez aisément.
Ce sont les mêmes qui vous disent que tout à déjà été inventé. Ce sont également les mêmes qui prêtent la paternité d’un effet à un ami proche ou à un magicien étranger plutôt qu’à l’auteur initial issu du même pays qu’eux.

A
fin d’être parfaitement compris, je ne dis pas que chacun doit réinventer la magie.
Je dis simplement que chacun se doit de respecter l’originalité de l’autre, surtout si l’autre exerce encore.
Ne nous étonnons plus alors que l’image du magicien soit globalisée, laissant entendre qu’ils font tous la même chose. C’est cette globalisation qui nuis terriblement à ce métier.
Quant au talent d’interprète de chacun, est-ce une raison suffisante pour reproduire le travail original de confrères, même étranger, encore en activité ?
La littérature magique regorge de tours qui ne demandent qu’à être joués pour le plaisir de tous.
N’oublions jamais que la magie appartient au spectacle vivant, c’est à dire qu’elle est un moyen et non un but, pour permettre d’exprimer notre richesse intérieure.

Voilà beaucoup de questions que je vous livre et qui j’espère trouveront un jour des réponses sérieuses grâce à l’effort de chacun, des clubs, des revues, des marchands de trucs et de ceux qui se montrent sur scène ou à la télé. Personne ne nait ni ne meurt parfait.
Mais chacun peut faire un effort pour la communauté.
Il y va de notre crédibilité et donc de notre avenir.

Sylvain Mirouf

Commentaires

Le 21 Octobre 2010 par davidmai :
0/5
Article très intéressant qui m'a beaucoup fais reflechir sur ma manière d'appréhender la magie.
ça me fait penser aussi à un abruti qui passait de table en table au resto et qui se la pétait avec un deck radio. Il ne misait que sur son effet mais la mise en scene était pathétique. On voyait qu'il ne maitrisait pas le tour et qu'il manquait cruellement de pratique. Je suis sur que j'ai un meilleur niveau que lui. Mais jamais je ne présenterai un tour non maitrisé.
Beaucoup de ceux qui cherchent les excplications de tour sur youtube (même si ça m'est arrivé de le faire) ne s'interessent qu'au secret du tour. Mais ils n'ont rien compris à la subtilité de la magie. Car je suis convaincu que l'art de la magie c'est avant tout un art psychomagique.
Le 19 Avril 2009 par gilliocirk :
0/5
Très bel article en effet.
Une des solutions aux problèmes de droit d'auteur réside dans la présentation et là Monsieur Mirouf a raison il faut puiser dans ses connaissances et son imagination pour rendre l'effet plus artistique et toucher la sensibilité d'un public blasé. On peut en effet voir un très joli tour dont les techniques sont très connus et être émerveillé et voir un tour beaucoup plus complexe et s'ennuyer à mourir. Rassurez vous monsieur Mirouf l'originalité, l'artistique ne s'apprennent pas sur internet.
Le 02 Avril 2009 par gilbus :
0/5

Très bel article !

 

Mais le fait que le secret serve aussi la protection de l’auteur du tour n’enlève rien à l’explication courante, qui veut que le secret protège le public de la trivialité des moyens magique.

Les deux sont vrais.

 

Et merci surtout pour cette phrase que j’adore :

 

« N’oublions jamais que la magie appartient au spectacle vivant, c’est à dire qu’elle est un moyen et non un but, pour permettre d’exprimer notre richesse intérieure. »

 

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