Essai de définition de la magie et de ses objectifs.
Posté : 06 Fév 2010 19:25
Vu le refus de le mettre sur le site et la demande de le mettre sur le fofo, voici l'article qui j'ai écrit. Je l'ai placé ici pour que tout le monde puisse y avoir accès et réagir librement.
N.B. : Ce qui suit découle d'une réflexion personnelle. Les réponses potentiellement fournies n'ont pas d'importance, seul la trame doit vous intéresser.
Cet article n'a pas la prétention de donner une réponse absolue au lecteur, mais cherche plutôt à mettre sur le tapis le modus operandi permettant l'obtention d'une définition, sinon d'objectifs nécessaires à l'orientation du magicien. Il s'agit d'une des questions les plus difficiles à aborder concernant cette activité : la définition de la magie est, qu'on-se-le-dise, relativement complexe puisque, comme le sujet de la définition même, elle reste personnelle à tout un chacun.
Alors par où commencer?
Entamons cette article par une recherche de la définition officielle dans le dictionnaire.
Cet ouvrage référentiel nous indique que la magie consiste en un « ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées dans la nature, qu'il s'agit de se concilier ou de conjurer, pour s'attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle. » (1)
Cette définition semble à première vue renvoyer au côté obscure de la magie telle que la magie blanche ou noire, nous éloignant donc de notre art. Quoique...
En effet, le magicien, contrairement au prestidigitateur et au manipulateur-tricheur, cherche à faire ressentir à ses spectateurs l'existence, la présence d'un élément que ces derniers ne soupçonnent pas, d'un facteur invisible que le magicien maîtrise et peut rendre tangible à l'esprit du spectateur via une réalité concrète (telle que le jeu de cartes, les pièces, les cordes, etc.), par un travail sur une matière abstraite (tel que le mentalisme qui se base sur l'esprit, le destin, le hasard) voire une combinaison des deux.
Certes, cette définition reste vague, restrictive même. Mais il s'agit du minimum permettant de partir sur une base commune à tous les magiciens.
Là où les Romains commencent à s'empoigner, c'est lorsque l'on se concentre sur le but de la magie. Il s'agit là de la première question que l'amateur magique doit (ou devrait) se poser dès ses prémisses : « Pourquoi faire de la magie? »
C'est bien à cette question que les réponses divergent. Et où l'on trouve la différence, règne généralement l'intérêt. Lorsque l'on demande aux magiciens pourquoi ils sont devenus magiciens, les réponses forment un amas éclectique d'opinions opposées, divergentes, parallèles voire semblables. Mais, bien que cela puisse être intéressant, nous ne nous occuperons pas de ce que les autres pensent de la magie mais plutôt l'œil que nous portons sur celle-ci. Comme nous l'avons précisé au début de cet article, la magie est une chose propre à tout un chacun. Mais au-delà de l'appropriation de cet art, il est bon de savoir dans quelle direction nous avançons.
Comme vous l'aurez compris, nous ne traitons pas de charlatanisme, manipulation, triche et autres disciplines nécessitant une habilité manuelle apparente, mais bien de la magie dans son sens premier, à savoir l'habileté à faire sentir au spectateur des phénomènes qu'il ne peut imaginer ou percevoir seul. Il s'agit là de l'objectif principal du magicien. Mais, comme il s'en rendra compte dans son évolution, il sera capable de faire ressentir ce qu'il souhaite à son cobaye. Voilà donc un point de départ, que l'on peut exprimer sous forme de question : « Quels sentiments véhiculer? ».
Certains s'orienteront vers des sentiments agréables, tels que la surprise, l'étonnement, la curiosité. D'autres prendront un chemin totalement contraire en voulant transmettre la (stu)peur, le malaise, le dégoût même. D'autres encore souhaiteront faire passer le doute, le mystère.
On l'aura compris : les chemins sont divers et mènent tous à des sensations et à des mises-en-scène différentes. Là, personne ne peut décider à votre place : c'est votre personnalité qui vous guidera vers le chemin de façon relativement naturelle.
Chose importante : le genre de magie que nous voudrons exécuter ne doit surtout pas influencer notre choix de mise-en-scène. Ce n'est pas parce que nous nous orienterions vers un côté a priori plus mystérieux de la magie que nous devons calquer notre présentation sur un schéma classique et répétitif. Au contraire, essayons justement de générer l'originalité.
Pour illustrer simplement cette remarque, prenons l'exemple de Juan Tamariz qui accomplit sa Triple Coïncidence. A la base, les coïncidences renvoient à la vaste branche du mentalisme, réputée pour être plus sombre et mystérieuse que la cartomagie ou la numismagie (2). Pourtant, lorsque l'on voit le maître accomplir ses miracles, personne ne se sent mal, personne n'est traumatisé ou dérangé; au contraire, c'est dans la joie et la bonne humeur que ce petit monde vit les divers concours de circonstances extraordinaires. Et c'est ce qui fait que Juan Tamariz est personnage irremplaçable ou inimitable : il a défini les caractéristiques d'un personnage qui étaient le sien.
Mais alors, comment se créer un personnage? Ce personnage est-il obligatoire?
Commençons par la dernière interrogation concernant l'obligation d'un personnage. Cette question a une réponse qui peut paraître ambigüe : oui, il faut une personnalité; non, il ne faut pas de personnage à 100%.
L'explication n'est pas si compliquée que cela : en tant qu'êtres humains, nous sommes par définition uniques et différents les uns des autres. Et si la création d'un personnage n'est pas obligatoire, l'implication de notre personnalité est primordiale : nous ne devons pas tomber dans le stéréotype du magicien classique mais plutôt faire ressortir ce qui nous rend unique, notre singularité et notre différence vis à vis des autres. Regardons les magiciens suivants : Gaëtan Bloom, Juan Tamariz et Lennart Green. Ils sont bien différents l'un de l'autre, physiquement certes, mais surtout magiquement puisqu'ils sont sortis des sentiers battus qui ont été balisés par les magiciens antérieurs plus classiques. Ils ont su exprimer, grâce ou sans l'intermédiaire d'un personnage (3), leur personnalité, leur caractère.
Même si le magicien passe par l'utilisation d'un personnage, il ne doit pas jouer le rôle de cet étranger : il doit être cet autre, ce qui sous-entend le fait d'avoir la capacité à répondre à n'importe quel imprévu, à pouvoir réagir et rebondir en cas d'éléments perturbants exactement comme la personne le ferait si elle existait réellement. Ainsi, le travail de composition de cette façade est un ouvrage de longue haleine et de constante recherche et amélioration.
Notes :
(1) Dictionnaire en ligne Larousse (http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom ... u_il/67354)
(2) Encore une fois, tout cela reste très théorique.
(3) Car qui, en dehors d'eux-même, peut dire s'il s'agit d'un personnage ou de la personne habituelle?
N.B. : Ce qui suit découle d'une réflexion personnelle. Les réponses potentiellement fournies n'ont pas d'importance, seul la trame doit vous intéresser.
Cet article n'a pas la prétention de donner une réponse absolue au lecteur, mais cherche plutôt à mettre sur le tapis le modus operandi permettant l'obtention d'une définition, sinon d'objectifs nécessaires à l'orientation du magicien. Il s'agit d'une des questions les plus difficiles à aborder concernant cette activité : la définition de la magie est, qu'on-se-le-dise, relativement complexe puisque, comme le sujet de la définition même, elle reste personnelle à tout un chacun.
Alors par où commencer?
Entamons cette article par une recherche de la définition officielle dans le dictionnaire.
Cet ouvrage référentiel nous indique que la magie consiste en un « ensemble de croyances et de pratiques reposant sur l'idée qu'il existe des puissances cachées dans la nature, qu'il s'agit de se concilier ou de conjurer, pour s'attirer un bien ou susciter un malheur, visant ainsi à une efficacité matérielle. » (1)
Cette définition semble à première vue renvoyer au côté obscure de la magie telle que la magie blanche ou noire, nous éloignant donc de notre art. Quoique...
En effet, le magicien, contrairement au prestidigitateur et au manipulateur-tricheur, cherche à faire ressentir à ses spectateurs l'existence, la présence d'un élément que ces derniers ne soupçonnent pas, d'un facteur invisible que le magicien maîtrise et peut rendre tangible à l'esprit du spectateur via une réalité concrète (telle que le jeu de cartes, les pièces, les cordes, etc.), par un travail sur une matière abstraite (tel que le mentalisme qui se base sur l'esprit, le destin, le hasard) voire une combinaison des deux.
Certes, cette définition reste vague, restrictive même. Mais il s'agit du minimum permettant de partir sur une base commune à tous les magiciens.
Là où les Romains commencent à s'empoigner, c'est lorsque l'on se concentre sur le but de la magie. Il s'agit là de la première question que l'amateur magique doit (ou devrait) se poser dès ses prémisses : « Pourquoi faire de la magie? »
C'est bien à cette question que les réponses divergent. Et où l'on trouve la différence, règne généralement l'intérêt. Lorsque l'on demande aux magiciens pourquoi ils sont devenus magiciens, les réponses forment un amas éclectique d'opinions opposées, divergentes, parallèles voire semblables. Mais, bien que cela puisse être intéressant, nous ne nous occuperons pas de ce que les autres pensent de la magie mais plutôt l'œil que nous portons sur celle-ci. Comme nous l'avons précisé au début de cet article, la magie est une chose propre à tout un chacun. Mais au-delà de l'appropriation de cet art, il est bon de savoir dans quelle direction nous avançons.
Comme vous l'aurez compris, nous ne traitons pas de charlatanisme, manipulation, triche et autres disciplines nécessitant une habilité manuelle apparente, mais bien de la magie dans son sens premier, à savoir l'habileté à faire sentir au spectateur des phénomènes qu'il ne peut imaginer ou percevoir seul. Il s'agit là de l'objectif principal du magicien. Mais, comme il s'en rendra compte dans son évolution, il sera capable de faire ressentir ce qu'il souhaite à son cobaye. Voilà donc un point de départ, que l'on peut exprimer sous forme de question : « Quels sentiments véhiculer? ».
Certains s'orienteront vers des sentiments agréables, tels que la surprise, l'étonnement, la curiosité. D'autres prendront un chemin totalement contraire en voulant transmettre la (stu)peur, le malaise, le dégoût même. D'autres encore souhaiteront faire passer le doute, le mystère.
On l'aura compris : les chemins sont divers et mènent tous à des sensations et à des mises-en-scène différentes. Là, personne ne peut décider à votre place : c'est votre personnalité qui vous guidera vers le chemin de façon relativement naturelle.
Chose importante : le genre de magie que nous voudrons exécuter ne doit surtout pas influencer notre choix de mise-en-scène. Ce n'est pas parce que nous nous orienterions vers un côté a priori plus mystérieux de la magie que nous devons calquer notre présentation sur un schéma classique et répétitif. Au contraire, essayons justement de générer l'originalité.
Pour illustrer simplement cette remarque, prenons l'exemple de Juan Tamariz qui accomplit sa Triple Coïncidence. A la base, les coïncidences renvoient à la vaste branche du mentalisme, réputée pour être plus sombre et mystérieuse que la cartomagie ou la numismagie (2). Pourtant, lorsque l'on voit le maître accomplir ses miracles, personne ne se sent mal, personne n'est traumatisé ou dérangé; au contraire, c'est dans la joie et la bonne humeur que ce petit monde vit les divers concours de circonstances extraordinaires. Et c'est ce qui fait que Juan Tamariz est personnage irremplaçable ou inimitable : il a défini les caractéristiques d'un personnage qui étaient le sien.
Mais alors, comment se créer un personnage? Ce personnage est-il obligatoire?
Commençons par la dernière interrogation concernant l'obligation d'un personnage. Cette question a une réponse qui peut paraître ambigüe : oui, il faut une personnalité; non, il ne faut pas de personnage à 100%.
L'explication n'est pas si compliquée que cela : en tant qu'êtres humains, nous sommes par définition uniques et différents les uns des autres. Et si la création d'un personnage n'est pas obligatoire, l'implication de notre personnalité est primordiale : nous ne devons pas tomber dans le stéréotype du magicien classique mais plutôt faire ressortir ce qui nous rend unique, notre singularité et notre différence vis à vis des autres. Regardons les magiciens suivants : Gaëtan Bloom, Juan Tamariz et Lennart Green. Ils sont bien différents l'un de l'autre, physiquement certes, mais surtout magiquement puisqu'ils sont sortis des sentiers battus qui ont été balisés par les magiciens antérieurs plus classiques. Ils ont su exprimer, grâce ou sans l'intermédiaire d'un personnage (3), leur personnalité, leur caractère.
Même si le magicien passe par l'utilisation d'un personnage, il ne doit pas jouer le rôle de cet étranger : il doit être cet autre, ce qui sous-entend le fait d'avoir la capacité à répondre à n'importe quel imprévu, à pouvoir réagir et rebondir en cas d'éléments perturbants exactement comme la personne le ferait si elle existait réellement. Ainsi, le travail de composition de cette façade est un ouvrage de longue haleine et de constante recherche et amélioration.
Notes :
(1) Dictionnaire en ligne Larousse (http://www.larousse.fr/encyclopedie/nom ... u_il/67354)
(2) Encore une fois, tout cela reste très théorique.
(3) Car qui, en dehors d'eux-même, peut dire s'il s'agit d'un personnage ou de la personne habituelle?
à toi Fred (tiens on se tutoie maintenant !!??) pour cette contribution dont tu sais déjà tout le bien que je pense...
